Les Caraïbes face à la toute-puissance américaine

Par Ann Bouard
8 Janvier 2026

Après le Venezuela, et des velléités sur la Colombie, c’est le Groenland qui est désormais dans le viseur du président américain, mais la crise n’est pas pour autant réglée dans la zone Caraïbes. La situation inquiète et localement les avis divergent.

Le Premier ministre de Sint Maarten, saluant la réactivité du personnel de l’aéroport Princess Juliana samedi dernier dans la gestion de la crise provoquée par les tirs sur Caracas, s’est exprimé sur le sujet. Il a souligné l’importance de la préparation et de la coopération internationale et s’est voulu rassurant en indiquant que « le gouvernement de Sint Maarten reste en étroite communication avec les partenaires régionaux et internationaux pour suivre l’évolution de la situation et atténuer tout impact potentiel sur les voyages, le tourisme et la sécurité nationale. »
En Guadeloupe, le Président du conseil régional, Ary Chalus, de son côté indique lui aussi « suivre avec attention l’évolution au quotidien de la situation » et a exprimé sa vive préoccupation quant aux répercussions immédiates de ce conflit sur la stabilité et la sécurité du bassin caribéen. Sur ses réseaux sociaux, il a écrit que « la Guadeloupe, de par sa position géographique et ses liens de coopération régionale, ne peut rester indifférente au risque d’instabilité maritime et aérienne que fait peser cette intervention américaine ». En effet, il s’inquiète pour les pêcheurs qui sont chaque jour dans les eaux territoriales et internationales, et qui ne doivent pas devenir des victimes collatérales de cette escalade militaire, au même titre que les passagers des paquebots de croisière naviguant dans les eaux de la Caraïbe. Il a réaffirmé l’attachement de la Guadeloupe à la paix et à la concertation au sein de l’Association des États de la Caraïbe (AEC) et de l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO) et a appelé à ce que « toutes les dispositions soient prises pour que cet archipel de paix qu’est la Caraïbe ne soit pas transformé en zone de périls imminents pour ses citoyens ».
On peut cependant se poser la question du poids de ces instances dans la politique internationale, alors que les États-Unis ont annoncé mercredi se retirer de 31 agences de l’ONU et de 35 organisations internationales.
En Martinique, le président de la Collectivité, Serge Letchimy, a appelé à la maîtrise des tensions et à la désescalade, à la protection des populations civiles et à la mobilisation prioritaire des cadres diplomatiques et multilatéraux, garants d’une stabilité durable. « Sécurité, coopération et diplomatie doivent avancer ensemble » a-t-il indiqué dans un communiqué, rappelant que la Martinique, au cœur de l’espace caribéen, est directement concernée par toute situation susceptible d’affecter la stabilité de la région.
Dans un communiqué commun, douze députés ultramarins (Guadeloupe, Réunion, Guyane, Martinique et Nouvelle-Calédonie) condamnent les « actions menées par les États-Unis d’Amérique contre le Venezuela et l’enlèvement du président Nicolás Maduro », dont ils demandent « la libération immédiate » : « Nos territoires, qu’ils soient situés dans la Caraïbe, l’océan Indien ou le Pacifique, portent dans leur histoire les traces profondes de la domination coloniale, des ingérences extérieures et des rapports de force impériaux. À ce titre, nous ne pouvons rester silencieux face à toute tentative de remise en cause de l’ordre international fondé sur le droit, au profit de la loi du plus fort ».
Les présidents et les parlementaires des îles du Nord n’ont exprimé aucune opinion officielle sur le sujet.

Ann Bouard